L’Orchestre d’Harmonie de Coutances est parmi les plus anciens de France ; il a été reconnu comme tel par la Confédération Musicale de France. Le 12 Thermidor de l’An II, soit le 30 juillet 1794, fut rédigé "l’Acte de naissance de notre musique instrumentale coutançaise forte de 28 musiciens et un chef, soit 29 musiciens réquisitionnés..." (extrait de l’arrêté communal du 12 Thermidor de l’An II). Les archives municipales recèlent pléthores d’anecdotes relatant la vie intense, pleine de rebondissements, de cette "Musique instrumentale" qui n’a jamais cessé son activité ! Comme toutes les harmonies de France de cette époque, celle de Coutances était placée sous l’égide militaire. Elle fut d’abord "La musique de la Milice Bourgeoise", puis en Nivôse An IX, celle de la "Garde Nationale".
Le "Jeune citoyen Joseph Doche", organiste à la cathédrale, a été "décrété chef de Musique". Très compétent et dynamique, il crée même une école publique de Musique en 1792 ! Il reçoit un salaire annuel de 3000 Livres du Directoire du Département, du district et du Conseil Municipal. Il était tout simplement avant-gardiste. Cette forte personnalité, directeur artistique des grandes fêtes révolutionnaires à Coutances, et compositeur, refusa un jour de jouer ce qu’on lui demandait... Il fut emprisonné ! L’histoire ne dit pas combien de temps, mais il démissionna, et de 1810 à 1830, fut chef d’orchestre du Théâtre du Vaudeville à Paris où il devint riche. Compositeur de "... petites bêtises musicales dont vous avez le secret..." comme il lui a été demandé une fois (véridique !), il écrira également quelques messes à grand orchestre, mais également de la musique légère comme la chanson de Béranger par exemple "Te souviens-tu, disait le capitaine", ou encore la musique de "La Belle au bois dormant". Nous possédons de nombreux détails sur les programmes joués par cette musique coutançaise au long du XIXème siècle, qui avait beaucoup de succès, "composée de 30 membres dont deux jeunes qui avait un bel uniforme, frac bleu à collet de velours violet, pantalon jaune et filet blanc, chapeau à la "Souvarow" et qui portaient une épée !". Puis en 1970, comme nombre de villes en France, l’Harmonie donne naissance à une école de musique municipale.
Aujourd’hui, l’Orchestre d’Harmonie de Coutances, à structure associative, se compose d’une soixantaine de musiciens et d’un chef d’orchestre. Fort de sa réputation locale et d’un public fidèle, sa vitalité, son dynamisme et son originalité lui confèrent également une place importante hors des limites de la ville. Son concept particulier du "son orchestre", où bassons, clarinettes basses, saxophones ténors et barytons font jeu égal avec les cuivres basses, ainsi que le répertoire abordé, ont attiré la faveur des médias avec des concerts radio ou télédiffusés (France Musique, Radio France Basse-Normandie, France 3 Normandie). Lors de concours nationaux, l’Orchestre a été classé en Division Supérieure Nationale alors qu’il évolue dans une ville de 10 000 habitants.
Son originalité se définit par le fait qu’il est traité comme le véritable orchestre d’élèves de l’école de musique de Coutances augmenté de musiciens amateurs de la collectivité et d’anciens élèves, le tout encadré par des artistes professionnels (c’est Joseph Doche qui aurait été content !!). Sa sonorité a su évoluer en explorant les répertoires d’harmonies américaines et européennes modernes, et en se créant une culture jazz et un langage "swing". La corrélation Ecole de Musique/Harmonie a non seulement été respectée au fil des années par les différents directeurs engagés par la ville de Coutances, mais a su être optimisée, et ceci contre le courant national qui aujourd’hui tend à revenir à cette valeur fondamentale. En fait, on ne peut parler de l’Orchestre d’Harmonie de Coutances sans évoquer l’Ecole de Musique et vice-versa. La vitalité et le dynamisme actuels de cette très vieille harmonie sont forcément conséquents du passé.
Jouer de magnifiques oeuvres anciennes et actuelles interprétées par des musiciens jeunes, amateurs ou professionnels se retrouvant au sein d’un même groupe, avec la volonté d’aborder un répertoire le plus large et hétéroclite possible, créateur ou patrimonial, vis-à-vis d’un public le plus important possible.